15 novembre 1938 : à la suite de dissensions internes, le maire d’Oloron démissionne avec tout le conseil municipal


Lors des élections municipales qui se sont tenues en mai 1935, la liste présentée par le maire sortant, Joseph Vignau, obtient 8 sièges quand celle de son adversaire, Jean Mendiondou, en remporte 15. Ce dernier est donc élu maire et dispose d’une confortable majorité au sein de l’assemblée. Trois ans plus tard, c’est la crise au sein de sa majorité. Jean Mendiondou va alors tenter (et réussir) un coup politique pour s’en sortir. Voici comment L’Indépendant (dont les numéros peuvent être consultés sur le site Pireneas) en relate les épisodes.

Épisode n° 1 : conseil municipal du 8 novembre 1938

L’incident de séance, sans doute signe d’un conflit latent beaucoup plus important, est déclenché par la décision du maire d’exonérer un abattoir d’une taxe. Il est relaté par L’Indépendant dans son édition du jeudi 10 novembre 1938 sous le titre « Une séance du conseil municipal qui commence mal et finit encore plus mal ». Étant précisé que, au nombre des intervenants cités dans l’article, Messieurs Lanneretonne et Maysonnave appartiennent à la majorité de Jean Mendiondou.

Le conseil municipal était convoqué hier soir, mardi.

Après l’appel des conseillers, M. Malherbe donna lecture du procès-verbal de la séance, après quoi MM. Lanneretonne (Jean), et Maysonnave (Victor) demandèrent la parole pour des observations.

  1. Victor Maysonnave demanda à M. le Maire comment, en dépit des observations formulées à ce propos, il avait pu décider que le nouvel abattoir serait exonéré des droits d’octroi.
  2. le Maire répondit en substance qu’il n’avait pas d’explications à fournir à M. Maysonnave et que si le nouvel abattoir était exonéré des taxes d’octroi, c’est que tel était son bon plaisir. Puis, perdant toute mesure, M. Mendiondou traita M. Maysonnave de menteur et répéta que, décidément, il n’avait pas à discuter avec lui.
  3. Vignau prit alors la parole pour s’étonner de semblables procédés qui s’apparentent à ceux employés dans les pays dits autoritaires et comme M. Mendiondou bredouillait des vagues explications, M. Vignau prit son chapeau et sortit, suivi d’un certain nombre de conseillers.
  4. le Maire restant avec quelques conseillers seulement, et M. Quorum lui-même étant sorti de la salle, un conseiller fit observer que le conseil ne pouvait siéger utilement et on se sépara.

L’affaire en est là.

Épisode n° 2 : nouveau conseil municipal le 15 novembre 1938

L’Indépendant en date du jeudi 17 novembre 1938 titre en une : « M. Mendiondou député-maire d’Oloron démissionne avec tout son conseil ». À l’intérieur du quotidien, l’article est intitulé « Sur la proposition de M. Mendiondou le Conseil municipal décide de démissionner en bloc ». Ici aussi, pour la bonne compréhension, il convient de souligner que si Monsieur Laulhère appartient à l’opposition, Monsieur Briol fait Partie de la majorité de Jean Mendiondou.

Après la séance du 8 novembre qui, on s’en souvient se termina avant même que l’examen de l’ordre du jour fut commencé, nos édiles étaient de nouveau convoqués pour mardi 15 novembre, à 21 heures.

Tous les conseillers sont présents et c’est devant une très grande assistance que M. le Maire ouvre le débat.

 

  1. Minvielle est nommé secrétaire et après avoir procédé à l’appel, il donne connaissance des procès-verbaux des dernières séances. Comme la lecture de ces textes présente quelque difficulté, M. Laulhère demande qu’à l’avenir ils soient écrits par un employé ayant une écriture plus lisible.
  2. le maire prend ensuite la parole et rappelle les incidents qui ont marqué la dernière réunion ; il ajoute qu’il aurait pu continuer la séance après le départ de ses collègues, car ils avaient déjà répondu à l’appel et par conséquent le « quorum » était atteint.

Cette assertion lui attire de la part de M. Vigneau la réplique suivante : « Vous l’ignoriez peut-être à ce moment-là, M. le maire ».

Ce dernier continue et explique que c’est uniquement afin que tous les élus puissent prendre leurs responsabilités devant des décisions importantes qu’il leva la séance pour la reporter à une date ultérieure (?). Après quelques explications réciproques, tout semble s’arranger.

Arborant un large sourire, M. le maire constate avec satisfaction que l’union semble se faire au sein du conseil municipal, et il s’en félicite.

L’ordre du jour est abordé et la séance se poursuit normalement.

Mais voici que, vers la fin de la réunion, M. Mendiondou parlant de la question relative à l’entretien des immeubles communaux, se livre à de violentes attaques contre les municipalités précédentes. Il déclare que ses prédécesseurs n’ont presque rien fait pour le patrimoine commun et il les rend responsables de la dépense de 300.000 francs qui est aujourd’hui nécessaire pour la restauration des édifices de la ville.

M. Mendiondou estime que c’est seulement depuis son avènement que quelque chose a été fait dans ce sens ; mais M. Lanneretonne indique qu’en sa qualité de membre de la Commission des travaux publics il a visité ces immeubles et qu’il n’a remarqué aucune réparation datant depuis moins de trois ans.

M. Laulhère demande la parole et fait très judicieusement remarquer à M. le maire que puisque les biens de la cité sont encore estimés aujourd’hui à 40 millions, c’est que tout de même on a fait quelque chose pour eux. Il remet les choses au point et donne à M. Mendiondou une petite leçon de modestie…

M. Briol se rallie au point de vue de M. Laulhère et déclare qu’en effet depuis trois ans des réparations urgentes ont été réclamées pour le collège communal et que rien n’a été fait.

Pendant ce temps M. Mendiondou se concerte à voix basse avec son premier adjoint M. Lafargue ; ce dernier ne semble d’ailleurs pas approuver ce que lui dit M. le maire.

Néanmoins, le premier magistrat municipal prend la parole et déclare que dans de pareilles circonstances, il ne peut plus continuer à gérer les affaires de la ville ; il propose à ses collègues de remettre tous en bloc leur démission. Cette proposition est unanimement approuvée tandis que les applaudissements éclatent dans la salle.

L’Indépendant (qui n’est pas nécessairement un quotidien très favorable au maire) publie ensuite le 24 novembre les réflexions d’un lecteur présenté comme « très au courant des affaires de la ville ». Ce lecteur détaille un peu plus les circonstances de l’incident.

(…) Les nerfs de M. Mendiondou ne se sont véritablement tendus, en effet, que le jour où un conseiller indiscret a voulu soulever le voile de sa gestion. Quant M. Maysonnave Victor voulut savoir en vertu de quels droits et par suite de quelle autorité M. Mendiondou avait exonéré l’entrepreneur de l’abattoir du paiement des droits d’octroi et fait ainsi perdre au budget une centaine de billets de mille, l’aiguille du baromètre municipal sauta du beau variable à la tempête et provoqua la proposition de démission que l’on connaît.

M. Mendiondou, qui ne veut être contrôlé, vit s’ouvrir en face de lui la voie du contrôle et celle de l’abus d’autorité. De là, son irritabilité, de là sa proposition de démission. Il essaya bien de s’engager dans les voies de garage, rien n’y fit.

« C’est le cahier des charges qui exonère l’entrepreneur », déclara-t-il. Or, le cahier des charges est muet sur ce point.

« Si ce n’est pas le cahier des charges, c’est la commission qui l’en a exonéré ». Or, la commission n’a aucun droit pour cela.

Et comme suprême argument, à bout d’excuses et de souffle, M. Mendiondou de clamer : « Quoi que vous fassiez, que vous le vouliez ou non, la Maison Briard ne paiera pas un centime des droits d’octroi ».

C’était la provocation, c’était le défi. C’était la preuve que M. Mendiondou avait pris des engagements avec la Maison Briard.

La majorité du Conseil municipal se dressant contre cet abus de pouvoir, M. Mendiondou ne rêva plus que de démission collective pour essayer de faire sanctionner par les électeurs l’illégalité et l’injustice commises. Les électeurs diront dans quelques jours s’ils tiennent à faire le sacrifice de ces 100.000 francs pour faire plaisir à M. Mendiondou.

Épilogue

Le premier tour des élections municipales a eu lieu le 18 décembre 1938. Sur 23 sièges en compétition, 2 revinrent à la liste Vignau et 17 à la liste Mendiondou. Il y avait donc 4 sièges en ballotage. Les 2 élus de la liste Vignau démissionnèrent dans les jours suivants et la liste renonça à présenter 4 candidats pour les 4 sièges restant à pourvoir au second tour. Le coup politique de Jean Mendiondou venait donc de réussir au-delà de toutes les espérances. C’est donc sans opposition qu’il put présider aux destinées de la ville d’Oloron jusqu’au 1er décembre 1940, date à laquelle un décret a suspendu le conseil municipal car Jean Mendiondou avait fait partie de 80 courageux parlementaires qui refusèrent après la défaite de juin 1940 de donner les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

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