1899 – Le temps où les élus oloronais disaient leur préférence pour une liaison Oloron-Jaca en tramway électrique sur route plutôt qu’en train


Guillier_12149_-_BLANQUEFORT_(Médoc)_-_Route_de_Bordeaux-Pauillac-Soulac-sur-Mer_-_Départ_du_Tramway_électrique_pour_BordeauxAnnée 1862 : une convention signée entre la France et l’Espagne stipule la réalisation simultanée de deux voies ferrées à travers les Pyrénées centrales, par Canfranc-Oloron et par Saint Girons-La Noguera-Pallasera. Il faudra attendre 66 ans pour que la ligne soit inaugurée jusqu’à Canfranc. 66 ans de pourparlers, de gels du projet, de relances, d’études, de négociations, de recherches de financements, puis de travaux à l’avancée etc. Nous allons nous arrêter à mi-parcours sur ce long chemin vers 1928, année d’inauguration de la gare de Canfranc, en 1899 plus précisément. En reprenant des extraits du quotidien Le Patriote des Pyrénées du 13 décembre 1899 trouvé sur le site Pireneas. On le verra, apparaissent déjà à l’époque des réserves sur l’intérêt de cette voie ferrée, réserves qui pour certaines d’entre elles sont encore d’actualité aujourd’hui..

L’article du Patriote des Pyrénées s’ouvre sur la lettre d’un Aspois qui s’interroge sur le vote d’un crédit de 250 000 francs pour cette voie : « On nous promet monts et merveilles au sujet du vote par la Commission du budget de la somme de 250 000 francs pour le tracé du chemin de fer Oloron-Bedous. Les Aspois seraient bien heureux de savoir quelle est la signification de ce vote et combien en vaut l’aune pour la prompte exécution de la voie ferrée. Nous vous serions reconnaissants de nous renseigner exactement. Un Aspois ».

Dans sa réponse à cette lettre, le rédacteur de l’article du Patriote utilise des arguments que ne renieraient pas 120 ans plus tard certains opposants actuels du projet :

« Nous croyons que ce vote, pas plus que ceux des années précédentes, ne signifient grand’ chose.

Il est bon de rappeler, en effet, que l’on évalue à 40 000 Fr. environ le prix kilométrique de la voie que quelques Aspois espèrent toujours. C’est donc le prix d’environ 4 à 5 kilomètres que l’on vient de voter, pour faire encore des études préparatoires.

Il est bon de rappeler aussi que la Compagnie du Midi ne tient pas du tout à ce chemin de fer, que les villes d’Oloron et de Pau n’y tiennent pas davantage, et que par conséquent toutes les grandes influences sont d’accord pour en empêcher la construction.

Faut-il ajouter que le bon sens ne s’y oppose pas moins ?

À quoi peut bien servir, je vous le demande, un chemin de fer d’Oloron à Bedous, dans l’état actuel de la vallée ? À certains jours il n’y aura pas vingt voyageurs. Quant au commerce il est à près nul : pas d’industrie, pas de produits agricoles, pas de bétail à transporter ; la vallée est pauvre et se suffit à peine. Il y a bien les mines dont nous avons parlé, seulement elles ne donnent guère encore que des espérances, et ces espérances sont peut-être optimistes.

Mais alors pourquoi cette dépense de 250 000 Fr. ?

Que vous êtes naïfs ! Vous comptez donc pour rien les conducteurs et les gratte-papiers qui vivent des « études préparatoires » ! Et les chers électeurs, vous les comptez pour rien aussi !

Et dire que les Aspois ont la réputation d’être très fins ! »

Et, pour enfoncer le clou, Le Patriote reprend des documents parus dans Le Glaneur d’Oloron « journal de M. Barthou, qui prouvent bien que le chemin de fer à Bedous ne se fera pas. »

Le premier document émane de la Chambre consultative d’Oloron, l’ancêtre de nos Chambres de commerce et d’industrie : « En attendant la construction du chemin de fer Oloron-Jaca, il y aurait de grands avantages pour la région à l’établissement d’un tramway, et que, à cet effet, des encouragements seront adressés, par copie de la présente délibération, à la Société d’études du tramway électrique, avec manifestation de l’espoir que la Chambre fonde sur elle et sur ses études pour la prompte formation d’une Société de construction et d’exploitation. »

Et ce n’est pas tout ! Le Patriote des Pyrénées reproduit également, toujours en provenance du Glaneur d’Oloron, de larges extraits d’une délibération du conseil municipal d’Oloron sur le même sujet (les passages en caractère gras émanent du Patriote).

« Considérant les avantages que procurerait à toute la région soit l’accès facile des Espagnols aux différentes foires et marchés qui s’y tiennent, ainsi qu’aux stations thermales ou hivernales dont il augmenterait le nombre de visiteurs, soit la possibilité de faire à peu de frais le voyage d’Espagne pour aller acheter sur place et importer, pour y être travaillées dans le pays, les laines et autres marchandises.

Considérant que la perspective de voir cette communication établie par un chemin de fer à voie normale est repoussée à un avenir indéfini, que sûrement la génération actuelle ne verra pas.

Considérant que les tramways rendent, au point de vue du trafic local, non seulement les mêmes services que les chemins de fer, puisque leurs wagons transportent 10 000 kilos et qu’ils marchent à 20 kilomètres à l’heure, mais qu’ils leur sont supérieurs comme commodité pour les voyageurs par la plus grande multiplicité des trains, le plus grand rapprochement des haltes entre elles, et la situation de ces dernières à proximité des centres habités.

Considérant que la construction du chemin de fer d’Oloron à Bedous à voie normale engloutirait une somme considérable qui, si elle était consacrée à l’exécution d’un tramway sur route, permettrait de le continuer jusqu’en Espagne.

Considérant qu’une voie de cette nature mettrait en tout cas les deux gouvernements de France et d’Espagne en mesure d’apprécier pratiquement l’étendue du transit international et de hâter par conséquent l’exécution du transpyrénéen à voie normale, s’il est démontré que l’importance de ce transit le comporte.

Le Conseil, à l’unanimité, moins une abstention émet le vœu que le projet du chemin de fer d’Oloron à Bedous soit abandonné pour le moment et remplacé par celui d’un tramway semblable à ceux qui se construisent actuellement pour relier Sauveterre et Mauléon avec Oloron, réunissant les réseaux de chemin de fer français et espagnols, et que tous les subsides consacrés au chemin de fer le soient dorénavant au tramway. »

L’article du Patriote des Pyrénées se conclut ainsi : « Et le Glaneur ajoute qu’un grand nombre de conseils municipaux se sont prononcés, comme Oloron, en faveur du tramway électrique. Une grande majorité est déjà assurée au projet. »

La suite ne donnera raison ni aux pronostics du Patriote, ni aux vœux de la Chambre consultative et du conseil municipal d’Oloron : il n’y eut pas de tramway électrique Oloron-Jaca et la voie ferrée Oloron-Bedous finit par ouvrir. En avril 1914.

2 commentaires sur “1899 – Le temps où les élus oloronais disaient leur préférence pour une liaison Oloron-Jaca en tramway électrique sur route plutôt qu’en train

  1. Autrefois, le bon sens primait. Maintenant, toute décision est calculée pour savoir combien cela peut rapporter en intérêt moral (égo), en intérêt pécuniaire (dessous de table), et surtout en gain de suffrages pour assurer son élection ou conforter sa réélection. Bien sûr, il y a des exceptions.

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