Vendredi 30 décembre 1859 : le jour où deux criminels ont été guillotinés en place publique à Oloron


Guillotine_(PSF) Si sous la Révolution française la guillotine n’a pas fait étape à Oloron (en raison de la chute de Robespierre elle fit demi-tour à Bélair alors qu’elle était en route pour notre cité), il n’en a pas été de même le 30 décembre 1859. Ce jour-là, deux criminels ont subi la peine capitale sur la place de Sainte-Marie sous les yeux d’une foule que le Mémorial des Pyrénées a évalué à 10 000 personnes. Retour sur cet événement à partir des comptes-rendus de deux journaux de l’époque que l’on peut retrouver sur le site Retronews (les intertitres sont du blogueur)

Le Constitutionnel du vendredi 25 novembre 1859 rend compte de l’audience des 15 et 16 novembre 1859 de la Cour d’assises des Basses-Pyrénées au cours de laquelle sont jugés trois malfaiteurs. Il rappelle les crimes dont ils sont accusés ainsi que les circonstances de leur arrestation.

Trois Espagnols, dont le plus âgé n’a que vingt-trois ans, sont amenés par les gendarmes au banc des criminel ; ils sont accusés d’assassinats suivis de vol. voici les faits.

Le crime de Lasseube

Le 18 juillet dernier, au point du jour, l’attention d’un paysan qui allait aux champs fut éveillée par un feu allumé dans un four à plâtre situé sur le territoire de Lasseube ; cette même personne, rentrant chez elle vers midi, se rapprocha du four et en retira, à l’aide d’une béquille, des vêtements, un souliers et des ossements en partie calcinés.

La gendarmerie prévenue, fit explorer l’intérieur de ce four, d’où le cadavre d’un homme fut extrait et placé à l’entrée du fourneau où les magistrats instructeurs le trouvèrent le lendemain 19 juillet.

(…) La face quoiqu’un peu tuméfiée et noircie, ne présentait pas d’altération. Les cheveux rasés à la partie supérieure de la tête et une mante qui recouvrait une partie du tronc, trahissaient l’origine espagnole du défunt. Les débris d’une veste de gros drap de couleur brune, d’un gilet d’étoffe de laine verte et d’autres lambeaux d’objets en partie brûlés furent recueillis pour servir à établir l’identité de ce malheureux.

L’homme de l’art après avoir procédé à l’autopsie, n’hésita pas à conclure que la mort de cet homme remontait à trente-six heures environ, que cette mort était le résultat d’un homicide, et que la suffocation établie par l’état des poumons, suffocation suivie de la combustion, lui paraissait avoir déterminé la mort.

L’information a établi de la manière la plus complète que la victime n’était autre que Michel Ferreo, natif de Broto (Espagne), âgé de trente-cinq ans environ (…)

Les assassins n’étaient autres que Michel Martin et les deux frères François et Pascal Borau. L’accusation a retrouvé leurs traces à partir du moment du crime, et ils ont été trouvés porteurs de divers objets volés à leur victime.

L’information suit encore les accusés pendant la journée du 19 juillet ; ils passent par la montagne Estais et commettent diverses soustractions frauduleuses au préjudice de pasteurs français qui ont opéré plus tard leur arrestation.

Le crime d’Araguez del Puerto

Dans la soirée de cette journée du 19 juillet, vers huit heures un quart, les trois accusés vont frapper au presbytère d’Araguez del Puerto, sous prétexte d’une demande d’extrait d’acte de baptême, les deux frères Borau commencent avec le curé un entretien qui est interrompu par l’arrivée de Michel Martin.

François et Pascal Borau se jettent aussitôt sur le prêtre et le maintiennent pendant que Michel Martin, passant derrière lui, lui porte un coup de couteau dans le côté droit. Aux cris poussés par la servante, qui était survenue, Michel Martin se jette sur elle et lui porte deux coups de couteau, qui pénètrent l’un dans la vessie, l’autre dans le gros intestin.

Elle a succombé trente-huit heures après à ces deux blessures, que les médecins avaient déclaré mortelle.

Le curé d’Araguez avait poussé ses deux assassins dans l’escalier, où ils avaient roulé tous ensemble.

Michel Martin avait déjà fui, François et Pascal Borau prirent également la fuite.

Le curé d’Araguez qui a reconnu les trois accusés dont deux, les frères Borau, sont originaires de la commune qu’il dessert, a pu donner lui-même à la justice française les détails relevés ci-dessus ;la lame du couteau ayant porté sur une côte, sa blessure n’a pas eu de gravité.

L’arrestation

Le 21 juillet suivant, des pasteurs français qui se trouvaient sur la montagne Estaïs, avertirent un de leurs camarades, Pierre Canau, qu’ils avaient aperçu derrière un monticule les trois Espagnols soupçonnés de leur avoir volé divers objets dans la journée du 19 juillet ; Pierre Canau, armé d’un pistolet chargé, n’hésita pas à se rendre auprès de ces Espagnols qui n’étaient autres que les accusés et il fut suivi de quelques-uns de ses compagnons, et, après quelques pourparlers, à la suite dequels le jeune pasteur fouilla leur besace, ils voulurent reprendre le chemin de l’Espagne. Le berger s’y opposa ; alors Michel Martin s’arma d’un grand couteau catalan, dont il finit par se dessaisir sous la menace du pistolet. François Borau, qui avait à sa ceinture un grand couteau de cuisine, le jeta aux pieds de Pierre Canau, obéissant à la même menace. Cette scène avait lieu sur le territoire espagnol. Après une discussion sur une indemnité à payer à raison des soustractions commises à son préjudice par les accusés, Pierre Canau finit par les amener jusqu’aux forges d’urdos, pour faire arbitrer cette indemnité par son maître, qui se trouvait dans cette localité.

C’est près de ces forges que la gendarmerie prévenue les arrêta.

Le procès

Les débats de cette grave affaire ont tenu deux audiences de jour et une audience de nuit. Quarante-quatre témoins ont été entendus parmi lesquels le curé d’Araguez et l’intrépide pasteur, Pierre Canau, âgé de vingt-cinq ans, demeurant à Issor, dont l’intelligence et l’admirable courage ont amené l’arrestation des trois malfaiteurs.

Les terribles récriminations auxquelles se sont livrés les accusés entre eux durant les débats excitaient un émouvant intérêt et ont plus d’une fois fait frissonner l’auditoire.

Entré dans la salle des délibérations à neuf heures et demie du soir, le jury n’en est sorti qu’à minuit. il a répondu affirmativement à toutes les questions concernant les trois accusés, et n’a admis des circonstances atténuantes qu’en faveur de Pascal Borau.

En conséquence, Michel Martin et François Borau ont été condamnés à la peine de mort. La Cour a ordonné que leur exécution aurait lieu sur une des places publiques de la ville d’Oloron.

Pascal Borau a été condamné aux travaux forcés à perpétuité.

L’exécution

Le Journal des débats politiques et littéraires du vendredi 6 janvier 1860 reprend un article de la Gazette des tribunaux qui relate dans le détail l’exécution des deux condamnés à la peine capitale.

« C’est vendredi dernier, 30 décembre, que Michel Martin et François Borau, Espagnols d’origine, ont subi la peine de mort prononcée contre eux par la Cour d’assises des Basses-Pyrénées.

 (…) Oloron-Sainte-Marie était le lieu fixé par l’arrêt de la Cour pour l’exécution ; chef-lieu de l’arrondissement dans lequel le crime à punir avait été commis, située à peu de distance de la frontière espagnole, cette ville semblait désignée d’avance comme le théâtre le plus convenable de cette suprême expiation. Ordre avait été donné par le parquet d’extraire les condamnés de la maison d’arrêt de Pau dans la nuit de jeudi à vendredi.

À une heure de matin, l’abbé Philippon, aumônier des prisons, et M. le comte de B… entraient dans la cellule de ces malheureux pour leur annoncer que leur dernier jour était arrivé. C’est à partir de ce moment solennel qu’il a été donné de constater la régénération qui peut s’opérer dans l’âme humaine sous l’influence de la religion.

Michel Martin et François Borau (…) se levèrent d’un air calme et résigné, firent les adieux les plus affectueux aux gardiens de la maison d’arrêt, et se livrèrent aux exécuteurs qui étaient chargés de les conduire à Oloron, sous l’escorte de la gendarmerie.

Trente-deux kilomètres séparent Pau d’Oloron ; durant ce long trajet, les deux condamnés montrèrent le plus grand calme, causant avec les gendarmes, étonnés de leur sang-froid. « Depuis que nous avons communié, nous sentons en nous un courage terrible. »

Une foule immense accourue de tous les environs remplissait les rues d’Oloron longtemps avant l’arrivée du funeste cortège.

À neuf heures du matin, Martin et Borau ont été mis en chapelle jusqu’à dix heures et demie, et ont passé ces derniers instants avec M. l’abbé Philippon et M. l’abbé Hayet du clergé d’Oloron (…)

Après la fatale toilette subie avec la plus complète résignation, les deux condamnés ont été conduits sur la place de Sainte-Marie, où l’échafaud avait été dressé. Ils marchaient l’un et l’autre appuyés sur les bras de leurs confesseurs, répétant les prières qui étaient murmurées à leur oreille (…)

François Borau a gravi le premier, d’un pas ferme et rapide, les marches de l’échafaud ; il s’est agenouillé sous la bénédiction dernière du prêtre ; puis, se relevant tout à coup, il s’est écrié d’une voix ferme et accentuée : « pères et mères, surveillez vos enfants, ne les laissez pas s’éloigner du toit paternel ; c’est cet abandon qui nous a perdus ; élevez vos enfants dans la crainte de Dieu, pardonnez-nous nos crimes et priez pour nous. »

Après ces paroles, Borau a embrassé une dernière fois le crucifix. Quelques secondes après, sa tête tombait.

Pendant l’exécution de son complice, Martin était resté au pied de l’échafaud, le dos tourné à la fatale machine. Son tour est venu, il est monté avec non moins de courage jusqu’à la plate-forme, d’où il a adressé aussi quelques paroles à la foule pour réclamer son pardon et ses prières.

Les sanglots des assistants répondaient aux dernières vibrations de la voix de Martin, et déjà les deux condamnés avaient cessé de vivre.

5 commentaires sur “Vendredi 30 décembre 1859 : le jour où deux criminels ont été guillotinés en place publique à Oloron

  1. Merci Joël pour ce partage d’histoire si lointaine que l’on croiraient que de telles choses n’aient pu se passer au sein de notre commune. Près de 10 000 personnes pour assister à ce spectacle macabre, c’est presque la population actuelle, heureusement que ce genre de peine ne fait plus partie de notre histoire.

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  2. Quoi ?!? Se peut-il que PILE, 140 ans avant la naissance de mon fils sur la cité oloronaise, la peine capitale ait été prononcée ?!?

    Merci pour cette page d’histoire, je le transmets à mon petit bonhomme qui est loin d’en mériter autant, ouffff ! 😅

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