18 juillet 1928 : la seule fois où un président de la République en exercice fit halte à Oloron


Ce n’est pas tous les jours qu’Oloron reçoit la visite d’un président de la République en exercice. C’est sans doute même à cette heure la seule fois où, sauf erreur de ma part, un chef de l’État a fait halte dans notre ville. Le 18 juillet 1928, le président Gaston Doumergue se rend (en train) à Canfranc où il doit assister avec le roi d’Espagne, Alphonse XIII, à l’inauguration du transpyrénéen Pau-Saragosse. Au retour de cette cérémonie, il s’arrête un peu plus d’une heure à Oloron.

Le Journal officiel de la République française rend compte de ce périple dans son édition en date du 26 juillet 1928.Dans la « Partie non officielle » dudit Journal officiel. Voici quelques extraits de ce long reportage.

 … Le lendemain matin, à huit heures cinquante-deux, le train présidentiel entre dans la gare de Pau où un arrêt d’un quart d’heure est prévu…

… Le train part à neuf heures sept, traverse Oloron, puis s’engage dans la vallée d’Aspe. Sur tout le parcours, les maisons sont pavoisées aux couleurs françaises et espagnoles. Partout, les habitants acclament joyeusement le Président de la République.

Après avoir traversé le tunnel du Somport, le train entre dans la gare internationale de Canfranc, située en territoire espagnol.

S.M. Alphonse XII, en tenue kaki de général d’infanterie, attend le Président de la République sur le quai de la gare…

… Les honneurs sont rendus par les troupes de montagne de Castille de Guipuzcoa et de Navarre, avec drapeaux et musiques, qui rappellent par leur belle allure nos chasseurs alpins…

…Après avoir admiré ce beau spectacle, le roi et le Président se rendent dans la vaste salle à manger où doit être servi le déjeuner offert par S.M. Alphonse XIII…

…À 14h50, le Président de la République et le roi d’Espagne quittent Canfranc par le train présidentiel, pour se rendre aux Forges d’Abel, première station française.

Le 18ème régiment d’infanterie avec drapeau et musique et le 36ème régiment d’aviation rendent les honneurs à l’arrivée des deux chefs d’État, à la gare des Forges d’Abel. Les salves d’artillerie qui saluent le roi et le Président de la République se répercutent longuement. Les hymnes nationaux retentissent…

Le roi est ensuite conduit par le Président dans une grande tente dressée devant la gare où un lunch est servi…

…Le Président de la République accompagne le roi à son train…

…Le train se met en marche à 15h35 au milieu des cris enthousiastes de « vive la France ! vive l’Espagne ! »…

…Président de la République et les personnalités qui l’accompagnent monte ensuite en automobile pour regagner Oloron par une route en lacets de la plus grande beauté qui serpente le long du gave d’Aspe. Toutes les localités traversée Escaut, Urdos, Accous, Bedous, Sarrance sont joliment pavoisées et leurs habitants font au chef de l’État l’accueil le plus chaleureux.

Le Président s’arrête à Bedous où un vin d’honneur lui est offert. M. Doumergue admire la somptuosité des robes des jeunes filles de la vallée : capes et châles de soie multicolore, jupes de brocart. Les hommes ont la petite veste rouge le pantalon blanc et le béret basque.

Le cortège, parti à 16h des Forges d’Abel arrive à 17h35 à Oloron.

La réception de l’Oloron est le magnifique couronnement d’une grande journée. Toute la population se presse dans les rues de la cité béarnaise, abondamment pavoisée, et c’est dans un concert d’acclamations enthousiastes que le Président arrive à l’hôtel de ville, où un vin d’honneur lui est offert.

Le président Doumergue qui est entouré de MM. Barthou, Tardieu, Quinones de Léon, est reçu par le Maire M. Gabe, et la municipalité. M. Gabe et M. Louis Barthou remercient le chef de l’État de l’honneur qu’il a fait à Oloron et le saluent au nom de la population.

  1. Gaston Doumergue répond en rappelant l’importance au point de vue des relations internationales et de l’amitié franco-espagnole de l’inauguration qui vient d’avoir lieu. Le président dit combien il a été sensible à l’enthousiaste accueil de la population tant au cours du trajet en automobile des Forges d’Abel à Oloron que dans la ville même d’Oloron.

« Je ne pouvais pas, déclare-t-il en terminant, espérer plus réconfortante conclusion des cérémonies d’aujourd’hui. Je ne trouve pas d’autres mots pour vous dire ma reconnaissance que le merci d’un bon Français, d’un bon républicain, uniquement dévoué aux intérêts du pays, qui considère tous ses habitants comme des citoyens auxquels il doit également son amitié, son encouragement et son concours s’ils veulent bien le lui demander ».

Une longue acclamation salue ces paroles. Le Président de la République descend ensuite à pied les rues de la ville pittoresquement bâtie sur les gaves bouillonnants.

La population manifeste le plus grand enthousiasme.

Le chef de l’État dépose une gerbe au pied du monument aux morts et se rend à la gare où il prend à 18h30 le train pour Pau.

Le président de la République arrive le lendemain matin à Paris à 8h45.

 Les lecteurs qui voudraient retrouver l’intégralité de ce reportage (discours présidentiel et royal compris) peuvent le trouver sur le site Gallica en cliquant ici.

2 commentaires sur “18 juillet 1928 : la seule fois où un président de la République en exercice fit halte à Oloron

  1. Cet article me fait venir une pensée :

    A l’époque où le Président de la République était seulement (mais quel rôle !) un arbitre au dessus de la mêlée, toute la population pouvait l’accueillir lors de son passage sans arrière pensée en le reconnaissant comme le représentant, officiel et accepté, de notre pays auprès du monde entier.

    Dans la même situation aujourd’hui, sauf peut-être (et encore) à l’époque du Général de Gaulle, je ne suis pas persuadé que l’enthousiasme populaire aurait été aussi unanime. C’est pourquoi je me demande si (tout en conservant au besoin son élection au suffrage universel) il ne serait pas bon de rendre à notre président cette fonction et seulement celle-là.

    En effet, il me semble que le rôle de chef de parti, qui est devenu le sien au fil des mandatures, nuit à l’image de la République puis qu’il conduit une partie importante (en général près de la moitié) de nos concitoyens à considérer qu’il n’est pas vraiment leur « Président à eux »…

    Je ne suis pas un bon constitutionnaliste et je suis persuadé que mon idée n’ira pas plus loin que ce blog, mais j’ai cru utile, au moins pour ma conscience, d’en faire part aux lecteurs.

    A ceux qui m’argueraient le risque de retour au régime des partis, je répondrais qu’apparemment, le régime présidentiel commence depuis un certain temps à montrer ses limites et à prouver lui-même qu’il n’est peut-être pas la panacée universelle.

    Et si pour diriger le pays, comme en politique, une alternance en ce domaine était souhaitable ?…

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    1. Bonjour,
      Et merci de ce commentaire.
      Difficile de trouver le bon milieu entre 1/ un président type IVe République qui inaugure les chrysanthèmes et reste spectateur d’un système organisé autour des alliances et divorces des partis politiques et 2/ un président tout puissant type Ve République qui tient toutes les manettes face à une majorité « godillots »
      J’ai fini par me convaincre à titre personnel que l’élection du président au suffrage universel est une aberration. Elle concentre tous les pouvoirs entre les mains d’un seul, parfois mal élu et complétement intouchable durant son mandat. Un monarque républicain en quelque sorte.
      Un régime où le Premier ministre issu de la majorité parlementaire gouverne sous le contrôle du parlement, le président de la République ayant un rôle plus honorifique, me conviendrait tout à fait. Vous me rétorquerez que nous risquons alors de retomber dans les travers de la IVe République. Mais il doit bien y avoir des dispositions constitutionnelles, éventuellement inspirées de l’organisation de pays voisins, qui peuvent éviter cet écueil.
      Mais, si vous voulez mon avis, ce n’est pas demain la veille que nous assisterons à un tel changement qui porterait atteinte à trop de privilèges et de situations établies.

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