1839 : Oloron accueille avec faste des altesses royales


Voilà un bail qu’Oloron n’a pas eu l’honneur de recevoir la visite d’une personnalité politique éminente. Si l’on excepte Jean Lassalle, bien sûr ! (là, je chambre un peu). Il n’est peut-être pas besoin de remonter pour autant à l’année 1839. C’est pourtant ce que nous allons faire. Dans son édition du 10 septembre 1839, la Gazette nationale ou le moniteur universel, qui était alors l’organe officiel du gouvernement rend compte à partir du reportage publié dans le journal local Le Mémorial des Pyrénées de l’excursion faite à Oloron et Mauléon par le duc et la duchesse d’Orléans.

Né en 1810 et mort en 1842 dans un accident de voiture (il avait été projeté hors d’une calèche dont les chevaux s’étaient emballés), le duc d’Orléans, prince royal de France était le fils de Louis-Philippe, roi des Français. Il passe pour l’un des membres les plus aimés et les plus respectés de la famille royale. On verra ci-dessous que l’accueil qui lui a été fait à Oloron et au Pays basque est à la hauteur de cette considération.

Une dernière précision : ceux qui ne sont pas plus que moi des lecteurs assidus de Point de Vue, le magazine des têtes couronnées, s’interrogeront peut-être sur le sigle LL. AA. RR. qui parsème l’article. Renseignements pris, il s’agit d’un prédicat honorifique dont sont gratifiés certains membres de certaines familles royales qui ne sont ni roi ni reine. C’est, ni plus, ni moins, l’abrégé de Leurs Altesses Royales. Place au reportage dont on peut retrouver l’intégralité sur le site Retronews en cliquant ici.

Le dimanche 1er septembre, à sept heures du matin, M. le duc et Mme la duchesse d’Orléans sont partis de Pau. M. le préfet et Mme la vicomtesse Duchâtel, qui remplissait les fonctions de dame d’honneur, étaient dans la voiture de LL.AA. RR., qu’escortaient les gardes d’honneur de Pau.

A Gan, le maire et le conseil municipal ont reçu LL. A.A. RR.au pied d’un arc de triomphe qu’entourait la garde nationale. A Bel-Air, elles s’arrêtèrent quelques instans pour admirer le magnifique coup d’œil qu’offre ce point élevé.

Parvenues à une lieue d’Oloron, LL. AA. RR. furent accueillies par plus de deux cents gardes nationaux à cheval, dont trente environ habillés d’un élégant uniforme à revers rouges, et tout le reste, formé des jeunes gens et des cultivateurs les plus aisés des vallées environnantes, montait des chevaux navarrais qui ont attiré, pour plusieurs d’entre eux, l’attention de M. le duc d’Orléans. Cette nombreuse escorte suivit au grand galop la voiture de LL.AA. RR., et les conduisit ainsi jusqu’à l’entrée d’Oloron, où les attendaient, autour d’un arc de triomphe et d’un pavillon d’honneur, de nombreuses députations de plus de quarante communes de l’arrondissement, portant chacune en tête un drapeau où était inscrit le nom de la localité. Un bataillon de garde nationale, fort de plus de trois cents hommes, et les deux beaux bataillons du 5ème de ligne, qui sont en garnison à Oloron, complétaient cette entrée.

M. le duc d’Orléans voulut passer à pied devant toutes les lignes : arrivée sur la place Marcadet, la voiture de la princesse s’arrêta, et le défilé commença aussitôt. La disposition des lieux en amphithéâtre lui donnait un caractère tout particulier ; et quand vint le tour des députations formées de plus de mille jeunes gens et défilant par pelotons dans un ordre parfait, chacun sa bannière en tête, rien ne saurait rendre un pareil spectacle.

Après le défilé, LL.AA. R.R. descendirent à l’hôtel de la sous-préfecture, où les demoiselles de la ville offrirent des fleurs à la princesse, ainsi qu’un charmant costume de la vallée d’Ossau, destiné à M. le comte de Paris. Tous les corps et les autorités furent reçus successivement par LL.AA. RR., qui s’entretinrent longuement de tous les intérêts de l’arrondissement d’Oloron avec ceux qui les représentaient, et principalement de l’achèvement de la route d’Espagne par Urdos, et des conséquences qu’elle doit avoir pour le commerce et l’industrie de cet arrondissement.

LL. AA. RR. s‘entretinrent longtemps avec un vieillard plus qu’octogénaire de la vallée d’Ossau, qui portait encore le même costume qu’au tems d’Henri IV, et son fils presque septuagénaire portant également le costume un peu plus rajeuni de nos pères.

En quittant Oloron, Mme duchesse d’Orléans a fait remettre à M. Bouderon, maire de la ville, une somme de 300 f., destinée au bureau de bienfaisance.

Toujours escortées par la garde nationale d’Oloron, LL. AA. RR. gagnèrent Aramits vers midi : toutes les communes de la vallée de Barétous y étaient réunies autour d’une sorte le temple en verdure, tendu aux trois couleurs et construit sur de vastes dimensions avec une élégance remarquable. Le prince et la princesse passèrent en revue, au milieu des acclamations de la foule, toutes les communes réunies dans le costume si pittoresque de leurs vallées.

Après avoir passé Lanne, les nuages descendus jusqu’au pied des montagnes dérobèrent presque complètement la vue du magnifique et charmant spectacle qu’offrait la vallée pittoresque de Barétous à l’admiration plusieurs fois exprimë de LL. AA. RR.

Il pleuvait à verse lorsqu’elles arrivèrent à Montory, premier village basque. Une garde d’honneur à cheval et des danseurs intrépides s’étaient portés au-devant des voitures, et allèrent bientôt grossir ceux des Tardets, où toutes les populations des cantons s’étaient réunies. Mais, malgré la pluie battante, le prince passa à pied la revue d’une nombreuse garde nationale et de la troupe de ligne qui s’y trouve cantonnée.

A deux heures environ, LL.AA. RR. avaient atteint la ville de Mauléon. Elles y furent accueillies par le corps municipal, sous un arc de triomphe élevé à l’entrée de la ville. Une garde d’honneur à cheval, formée de jeunes hommes portant le costume national le plus élégant, avait été à la rencontre de LL. AA. RR. La garde nationale et la troupe de ligne formaient la haie, Mgr le duc d’Orléans a voulu descendre de voiture malgré la pluie battante, et a parcouru à pied le trajet de l’arc de triomphe à l’hôtel de la sous-préfecture. Des cris répétés de vive le Roi ! vivent le duc et la duchesse d’Orléans ! ont annoncé au petit fils d’Henri IV qu’il était le bienvenu dans l’antique capitale de la Soule.

De Mauléon à Navarreins, la pluie ne cessa pas un instant ; et, malgré les torrens qui tombaient, la route était bordée de populations empressées que rien n’avait pu empêcher de venir saluer de leurs acclamations LL. AA. RR. La visite qu’elles firent à Navarreins fut courte, et cependant le prince voulut y entrer à pied au milieu de la garde nationale et de la troupe de ligne, dont il reçut les officiers, ainsi que les autorités de la ville, dans le salon du maire. Vers cinq heures et demie, les voitures reprirent la route d’Oloron en traversant la charmante vallée qui y conduit, et dont le tems, un peu amélioré, permettait encore de remarquer la fraîcheur.

Avant sept heures, LL. AA. R.R. repassaient par Oloron, où les acclamations furent encore plus animées que le matin. La garde d’honneur de cette ville reprit l’escorte, malgré les instances du prince, jusqu’à plus de deux lieues de la ville. A neuf heures un quart, LL. AA. RR., escortées par la garde nationale de Pau, qui avait été au-devant d’elles, entraient à la préfecture, après une tournée de quarante lieues, faite en quatorze heures, et où elles avaient été fêtées par les populations de plus de cent communes.

Le lundi, à neuf heures et demie du matin, les voitures de LL. AA. RR. sortirent de l’hôtel de la préfecture au bruit du canon, et escortées par les gardes nationaux à cheval de Pau et de Pontacq. La foule se pressait de toutes parts sur leur passage. Les voitures de LL.AA. RR. prirent la route de Bizanos. Un arc de triomphe avait été érigé….

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s