Les conditions de travail dans les usines oloronaises en 1932 vues par les « rabcors » de l’Humanité


Le précédent article de Retr’Oloron reprenait une enquête des « rabcors » publiée par le quotidien l’Humanité le 1er novembre 1932 et retraçant la situation ouvrière dans les usines d’Oloron. Rappelons que les « rabcors » étaient des correspondants ouvriers qui écrivaient au journal. Le lendemain, 2 novembre 1932, l’Humanité poursuivait la publication de cette enquête de terrain pour la partie consacrée aux conditions de travail. Sous le titre : « Les usines d’Oloron foyers de tuberculose ». Titre comme texte font un peu Zola. Mais lequel d’entre nous est en mesure d’affirmer que tel n’était pas le cas à l’époque ?

Oloron Sainte-Marie, octobre 1932. – (Par lettre). — Les usines d’Oloron, outre le chômage partiel, allant jusqu’à trois et quatre jours par semaine, que nous avons déjà dénoncé, connaissent les déplorables conditions d’hygiène.

Les ouvriers travaillent dans la poussière, dans la chaleur, dans une atmosphère tout à fait malsaine. Cette situation a de graves répercussions sur l’organisme des travailleurs qui se plaignent tous de divers maux.

Et ce travail s’effectue toujours pour les mêmes salaires dérisoires et de famine que nous avons déjà cité.

Ajoutons, qu’en général, ces usines sont dépourvues de vestiaires, de ventilateurs, d’aspirateurs et sont, de ce fait, de véritables nids de tuberculose. Les douches et les lavabos sont également inconnus.

La poussière

La filature Loubière (fabrication de tresse à sandales) occupait auparavant 150 personnes. Actuellement, elle n’en a plus que 43.

Les machines dégagent une poussière intense. Les ouvrières travaillent au milieu d’un véritable nuage. L’atmosphère pourrait être rendue plus respirable avec des ventilateurs et des aspirateurs, mais cette maison ne connaît pas cela.

Soulignons que, pour travailler dans ces conditions, les femmes gagnent 20 francs par jour aux pièces et 2 fr. à l’heure ; les hommes 2 fr. 5o. Aucun vestiaire n’est installé, de sorte que les femmes doivent se déshabiller derrière leurs machines. Enfin cette usine ne travaille actuellement que cinq jours par semaine.

50 degrés de chaleur

A la chocolaterie Rozan, c’est la chaleur qui incommode les ouvriers. Ici on travaille par équipe (deux équipes de huit heures), avec une température de 50 degrés. Salaires ? 12 à 13 francs par jour pour les femmes ; 2 fr. 5o à 2 fr. 60 de l’heure pour les hommes.

Nid à tuberculose

Nous voici à l’usine des feutres Salzar (20 ouvriers), au quartier Tivoli, à Farbeig. On fabrique des tapis d’automobiles et semelles de pantoufles avec des poils d’animaux.

Une odeur infecte se dégage dans l’atelier et, par moments, des morceaux de chair en putréfaction sont trouvés mêlés aux poils d’animaux.

Aussitôt les machines en marche, l’air déjà vicié par toutes ces émanations est alourdi de poussières et de débris de poils.

Il est rare qu’un ouvrier puisse travailler dans ces conditions pendant plusieurs mois.

– C’est dur, nous disait un ouvrier de cette usine, et je ne pourrai pas tenir le coup. Je souffre de la poitrine. Comme tant d’autres, je serai obligé de quitter l’emploi sinon ce sera le sanatorium… ou le cimetière… ».

Dans cette usine : les ouvriers gagnent 18 francs par jour et les ouvrières 15. Et, pour ce prix, la tuberculose vous guette et on est sa proie bientôt après.

Intoxication

A la tannerie Dupeyrou, les ouvriers travaillent dans l’eau parmi les émanations de sels et acides.

Une femme a ses deux avant-bras violacés, rongés par l’acide. Demain ce sera peut-être pour elle tuberculose osseuse.

Un ouvrier est malade depuis dix-huit mois, et bien entendu on ne veut rien entendre pour que ce soit déclaré « maladie professionnelle ».

Préposés à la tuberculose, avant-bras rongés par les acides pour 18 francs par jour.

Rationalisation

L’usine Baraban occupe 150 ouvriers et ouvrières travaillant tous aux pièces. Chaque ouvrière conduit quatre métiers à tisser, et pour ce travail harassant gagne 170 francs par semaine.

Enfin, à l’usine Mondine (fabrique de bérets), 200 ouvriers, dont 150 femmes. Ces dernières travaillent en majorité aux pièces huit heures sans arrêt. Très péniblement elles arrivent à se faire 110 à 120 francs par semaine.

Les salaires horaires sont : 3 francs pour les hommes et 2° francs pour les Les salaires horaires sont : 3 francs pour les hommes et 2 francs pour les femmes.

Dans le bâtiment

A Oloron on compte environ 300 gars du bâtiment. Les maçons, charpentiers, etc. gagnent 3 francs à 3 fr. 5o de l’heure; les manœuvres de 2 francs à 2 fr. 5o. Aucune indemnité ne leur est allouée pour les déplacements.

Et, maintenant que nous avons examiné la situation des ouvriers dans les diverses usines, nous allons voir celle des chômeurs. Nous montrerons, en conclusion, la nécessité pour les travailleurs de s’organiser et de préparer leur lutte pour arracher de meilleures conditions de vie et de travail. – BARROUMES.

Un commentaire sur “Les conditions de travail dans les usines oloronaises en 1932 vues par les « rabcors » de l’Humanité

  1. Euh.. ayant travaillé dans les années 70/80 dans une association de certification et de contrôle des entreprises, je peux affirmer qu’à cette époque là encore, et en région parisienne, certains ateliers étaient des nids à catastrophes.
    Certes, la plupart des produits « bios » comme les poils d’animaux n’étaient plus là. Cependant avec (par exemple) des matières plastiques usinées sans protection, sans plus de ventilateurs ni d’aspiration que dit dans l’article, avec en plus une sécurité électrique défaillante, n’eut été la « modernité » des matériaux usinés, on aurait bien pu se croire, dans quelques cas, encore en 1932, voire au temps de Zola.
    Pour autant, je dois le reconnaître, les conditions de travail sont actuellement bien améliorées. Mais est-ce dû au besoin de protéger des ouvriers de moins en moins nombreux, ou à la nécessité de protéger aussi les machines de plus en plus nombreuses, elles… et de plus en plus chères ?
    Personnellement, je ne me prononce pas, bien que j’avoue avoir, au fond de moi, une petite idée.
    Pour finir, je vous prie de m’excuser de m’être éloigné d’Oloron pour évoquer des situations qui ne sont pas propres à notre ville mais qui m’ont été rappelées par cet article.

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