1932 : la situation ouvrière oloronaise décrite par un « rabcor » du quotidien l’Humanité


  1. La crise économique de 1929 continue de d’avoir de se répercuter sur la situation économique du pays. À Oloron comme ailleurs. Le quotidien communiste l’Humanité s’en fait l’écho dans un article (trouvé sur le site Retronews) publié le 1er novembre 1932 dans la rubrique « Les enquêtes de nos rabcors » sous le titre : « Dans les usines d’Oloron, chômage partiel, salaires de famine ».

Un petit mot sur les « rabcors ». C’est une abréviation du terme russe employé pour désigner les correspondants ouvriers en Union soviétique. Durant l’entre-deux-guerres, l’Humanité proposera par ce moyen à ses lecteurs de participer à la rédaction du quotidien en lui écrivant. À charge pour eux de respecter les conseils suivants : écrire sur un seul côté de son papier, être bref, écrire bien clairement et correctement si possible, ne raconter que des faits exacts. Voici donc l’article rédigé à partir des écrits du « rabcor » oloronais.

Oloron – Sainte-Marie, octobre 1932. – (Par lettre.) – Oloron Sainte-Marie (Basses-Pyrénées) est une ville ouvrière de près de 10.000 habitants. L’industrie principale est celle du béret, des sandales, toiles et couvertures. On y fabrique encore du feutre, des galoches en bois, des chaussures, du chocolat et des pâtes alimentaires…

Dans les usines d’Oloron, les conditions de vie et de travail des ouvriers sont misérables. Salaires de famine, chômage partiel accentué, hygiène déplorable.

Une visite à travers les diverses usines de la localité nous montre cette situation avec évidence.

Chômage, trois et quatre jours par semaine

Voici l’usine Laulhère (fabrique de bérets et de toile à sandale). 200 ouvriers et ouvrières y sont occupés.

Pour la plupart, les femmes travaillent aux pièces. En général on ne travaille que 3 jours par semaine. Certaines en font 4 et gagnent hebdomadairement 43 francs.

Journée de trois heures

Les hommes travaillent 9 heures par jour toute la semaine. Leur salaire horaire est de 2 fr. 50.

La manufacture de couvertures en laine des Pyrénées, Mazères a fait faire, durant trois mois, 3 jours de travail par semaine à raison de 3 heures par jour.

Les ouvriers gagnaient, à ce moment-là, 2 francs de l’heure, soit dix-huit francs par semaine. Actuellement que les commandes affluent, on a diminué les salaires de 30 pour cent. Les femmes gagnent environ 90 francs par semaine.

Mieux. Les déchets de laine s’accumulant autour des métiers, les femmes sont obligées de s’acheter des balais pour travailler dans la propreté,

Diminution du personnel

L’usine Bedat (manufacture de sandales) occupait avant la crise économique et l’installation de nouvelles machines, 200 ouvriers et ouvrières. Présentement il n’y en a plus que 50. Et ils ne travaillent que 2 et 3 jours par semaine.

Les salaires ? Hommes 24 francs par jour ; femmes 14 francs.

Même situation à l’usine Sarzabal (manufacture de bérets et sandales) où par suite de l’introduction du machinisme l’effectif est passé de 300 à 100 ouvriers.

Une semaine de travail – Une semaine de repos

Les hommes gagnent 24 francs par jour ; les femmes généralement aux piè ces touchent 150 francs par semaine, les tresseuses 60 francs.

La manufacture de chaussures Fortane occupe 30 ouvriers. Avec beaucoup de peine et étant donné les bas salaires octroyés, une ouvrière arrive tout juste à gagner 10 francs par jour ; un homme se fait 15 francs.

Et il faut compter sur le chômage qui fait que le personnel travaille une semaine tous les quinze jours.

Brimades

La manufacture de bérets Jacques Faurę occupe 15 ouvriers et ouvrières travaillant tous aux pièces. Le patron ne prend même pas la peine d’acheter du pétrole pour faire marcher les machines à tisser. Ce sont les ouvriers qui doivent l’acheter de leur poche.

D’autre part, le samedi après-midi est occupé au nettoyage général des ateliers et machines. Or le patron ne trouvant pas ce travail productif, ne paye pas les ouvriers pour ce temps-là. Bien souvent des ouvriers sont renvoyés chez eux le matin ou l’après-midi sous prétexte de manque de travail,

Dans un prochain article nous examinerons la rationalisation capitaliste et les mauvaises conditions d’hygiène avec leurs conséquences sur la santé des ouvriers.

Barroumes.

 

2 commentaires sur “1932 : la situation ouvrière oloronaise décrite par un « rabcor » du quotidien l’Humanité

  1. Enfin… j’ai cliqué sur « j’aime », c’est vrai, mais c’est pour l’intérêt de l’article, pas pour la situation qu’il décrit, évidemment.
    Passionnants, ces retours en arrière, merci encore.

    Aimé par 1 personne

  2. Merci Joël de nous faire découvrir un passé qui pour ma part était totalement inconnu.
    Quelle triste époque ce fût pour ces femmes et hommes habitués à travailler bien plus que nous aujourd’hui et cela pour une vrai misère.

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