La Fondation Pommé : histoire des accommodements pris avec les volontés de la légatrice


Tous les Oloronais connaissent la Fondation Pommé, cette maison de retraite qui se trouve en haut du Marcadet, dans le quartier Notre-Dame. Mais qui était sa propriétaire ? Comment la ville d’Oloron acquit l’immeuble ? À quelles conditions ? C’est ce que nous relate L’Echo d’Oloron dans un article en date du 6 juin 1944 signé V.M. (je suppose qu’il s’agit de son directeur de l’époque, Victor Maysonnave). Cet article, repris en intégralité ci-dessous, avait pour titre « La Fondation Pommé – son origine – son installation – son avenir ». Mais, comme on le lira, elle était en cette période encore à la veille d’accueillir ses premiers pensionnaires retraités.

Une Dillettante

Qui était Mlle Pommé-Jacquet ? Peu d’Oloronais la connaissaient.

Depuis des siècles des familles avaient construit sur le côteau quelques maisons et s’y adonnaient à l’élevage et à la culture, apanage du Béarn.

Un jour un mariage unit les deux derniers propriétaires, réunissant en même temps les terres sous le même nom de Pommé-Jacquet. La seule descendante était la demoiselle Pommé Jacquet, héritière du nom et de la fortune qui devait être assez rondelette, puisqu’elle lui permettait de vivre l’hiver à Paris, l’été à Oloron.

Une auréole de mystère entourait de ce fait l’occupante de la villa, dont la coupole émergeait gracieuse. Le parc et les jardins dessinés vus de Ste Croix émerveillaient. Les rares personnes admises à pénétrer dans le domaine en décrivaient avec des détails exagérés parfois, les beautés et les délices, si bien que l’on parlait de la villa Pommé comme d’un château de fées. L’expédition rituelle l’hiver des fruits, fleurs et légumes à Paris, contribuaient à donner à l’ensemble un air de légende. Seuls en effet les intimes pénétraient dans la villa, les ouvriers – toujours les mêmes – semblaient avec les domestiques գui ont vécu très vieux, faire partie de ce château de Belle au Bois dormant.

Un Maire avisé

Cependant la demoiselle avait elle aussi ses soucis. Il lui fallut un jour plaider un procès et fit appel aux conseils du regretté Me Gabe, maire d’Oloron. Celui-ci, avec cet à-propos qu’on lui a connu, mit un jour la conversation sur la ville d’Oloron et la destinée que prendrait la villa au décès de sa propriétaire sans descendance.

Mlle Pommé déclara qu’elle avait laissé tous ses biens aux pauvres de la ville de Paris, mais qu’en souvenir de la conversation et du service rendu, elle penserait à la ville d’Oloron

Un legs de quatre millions

Mlle Pommé-Jacquet décédait en effet à Paris le 2 mars 1932. Les notaires parisiens qui étaient détenteurs du testament faisaient savoir qu’une grande partie de la fortune était léguée aux pauvres de Paris, sauf la propriété d’Oloron dont un parent était légataire et pour la ville d’Oloron les dispositions suivantes étaient prises.

TESTAMENT EN DATE DU 10 NOVEMBRE 1931.

« Je laisse un capital de QUATRE MILLIONS à la ville d’Oloron. Elle devra faire construire un hospice sur le haut de la propriété que j’ai acquise de M. Laborde Roncal. Toute cette propriété et dépendances feront partie de cet hospice qui sera appelé ASILE DES VIEILLARDS. LA RENTE DU CAPITAL SERVIRA D’ABORD POUR FAIRE LA CONSTRUCTION ET PUIS A SON ENTRETIEN.

» L’hospice sera construit d’une manière solide et confortable ; les malheureux y seront soignés par des religieuses de St-Vincent de Paul ou bien par d’autres qui pourront rester en France. La Ville devra réserver sur les rentes de l’Hospice l’argent pour l’entretien du caveau qui se trouve au cimetière de Notre-Dame au nom de Pommé-Jacquet. »

Avec les quatre millions pour la Ville se trouvaient aussi divers autres legs pour des Sociétés de Secours mutuels, legs particuliers, à l’Eglise Notre Dame, etc.

Premières discussions

Décédée en mars 1932, Mlle Pommé-Jacquet était enterrée à Oloron dans le caveau de famille. Le legs de quatre millions était accepté par le Conseil municipal et aussitôt une première polémique était engagée.

D’aucuns soutenaient que la ville d’Oloron, avec ses forêts, ses immeubles, pouvait émettre, à l’instar de Paris, des Obligations qui garantiraient les quatre millions. Ceux-ci versés an espèces dans la Caisse municipale, serviraient à financer les travaux d’égouts, d’abattoir, d’eau, etc.

D’autres – dont nous étions – soutenaient que la loi faisait stricte obligation de placer l’argent en fonds d’Etat français et l’intérêt mis soigneusement de côté pour réaliser l’Hospice demandé par la testatrice.

Différemment et surtout dans le cas d’obligations c’était le contribuable qui était obligé de payer l’intérêt, puisque c’était lui qui bénéficiait du capital.

Ce fut cette thèse qui triompha et le legs fut placé en rente sur l’Etat à 4 ½ % 1932.

Dès lors il ne s’agissait plus que de laisser les intérêts s’accumuler, à raison de 160.000 francs par an pour financer la construction dès que ce nouveau capital serait suffisant.

Un coup d’audace

Les vicissitudes de la politique locale changèrent en 1935 de fond en comble la Municipalité, tant dans sa composition que dans son esprit.

La situation de la propriété était la suivante :

La Ville, propriétaire de la Villa des Tilleuls et du vaste terrain qui l’entoure sur lequel l’hospice Pommé devait être construit avec les intérêts.

A côté, le légataire universel, M. Loubet, possédait le Parc, la Villa, les jardins.

En octobre 1936, M. Mendiondou, maire, faisait part au Conseil d’une proposition audacieuse. M. Loubet lui offrait la Villa et les dépendances pour la somme de 600.000 francs. M. le Maire exposait à son Conseil qu’il pouvait avec l’intérêt acquis du legs acheter la Villa et y installer l’Hospice.

Proposition audacieuse avons nous dit, parce qu’elle dénaturait le sens des volontés de Mademoiselle Pommé. M. Vignau, ancien maire, qui avait touché et placé le legs se fit le champion du respect. Malheureusement, l’affreuse politique qui nous a fait tant de mal, obligeait certains conseillers à ménager la vie de la Municipalité en la conciliant avec leurs scrupules. Ce fut donc par 11 voix pour, 3 contre, 4 abstentions et 5 absents que M. le Maire fut autorisé à se mettre en rapport avec M. Loubet pour discuter l’affaire.

La polémique recommença.

Dans la séance du 19 décembre 1936, le Conseil examinait à nouveau l’affaire. Par 12 voix contre 5, 4 abstentions et 2 absents, le Maire était autorisé à acheter l’immeuble avec les intérêts, à condition que le légataire dégageât toute responsabilité.

Les votes de nos édiles dégageaient une appréhension à l’affaire. N’en tirons pas des conclusions précises, malgré la fragilité du scrutin.

Réalisations

Le premier janvier 1937 la Ville entrait en possession de l’immeuble. Bien vite plans et devis étaient établis, l’hospice allait s’installer dans l’immeuble. La lenteur administrative pour approbations diverses, le manque total du matériel et notamment du chauffage central retardaient l’ouverture.

Lorsque, pour respecter le legs, on voulut chercher les sœurs hospitalières on n’en trouva point. La guerre survint.

C’est dans un immeuble entièrement remis à neuf, avec mobilier moderne, que les premiers blessés de la guerre y furent hospitalisés.

Et le château de fées qui pendant longtemps ne logea qu’une dilettante, servit à loger la troupe ; l’asile destiné à des vieillards, servit à des hommes pleins de vie.

Demain la jeunesse joyeuse et turbulente y aura-t-elle sa place avant les déshérités ? Verrons-nous une nouvelle fois, les volontés de la testatrice foulées ?

L’historien voudrait bien rester impartial, mais le journaliste peut-il constater qu’à chaque fois qu’un principe a été violé, une Justice immanente plane…

Et dans le cadre qui nous préoccupe, violer la volonté des testataires, c’est pour une Ville, un  Etat décourager les vivants, qui sont disposés à être généreux pour les collectivité.

V.M.

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